Au banquet du Petit Monde, le couvert est remis pour le plaisir et les papilles des bons vivants. Où l’on apprendra sans s’étonner que les vertus de justice ne font pas bon ménage avec les pulsions de pouvoir.
Comprendre la politique, c’est entreprendre de négocier avec chacun pour trouver en soi le plus petit dénominateur commun qui permet d’admettre que tout est possible. La politique n’est jamais affaire de morale, ou alors pour le commun, pour l’habillage de surface. Au cœur, il n’est question que de pouvoir.
Bien sûr, il n’est pas bon d’énoncer de telles horreurs. Les sincères hurleront à l’ignominie et si les manipulateurs se joignent à eux, c’est avant tout pour avancer masqué et cacher au monde l’asservissement des faibles par les puissants. Tel est ainsi fait le monde, quasi composé que de deux sortes d’esprits : les consensuels suaves et les opportunistes obsessionnels…
Les consensuels suaves adoptent un système de pensée clairement identifiable : le conformisme… Et le conformisme, soit l’art de mettre en boîte des petites têtes bien creuses, possède ses avatars : la mode et le capitalisme financier qui sont à eux deux le maître art des petites boîtes bien rangées. Pour autant, le conformisme n’est pas l’état de celui qui croit être ce qu’il est. Le conformisme est le fruit coercitif d’un groupe, ou d’un système, qui castre l’individu avant qu’il ne soit autonome. Les consensuels suaves ont un désir de conformité d’autant plus exacerbé qu’ils puisent leur source dans la peur de l’autre, cette peur de soi pour autant que l’on ne parvient jamais suffisamment à se trouver à l’identique de ses semblables. Curieuse aliénation, perverse même, où le désir de conformité est un désir de peur, la lâcheté tranquille du troupeau : serré les rangs, être anonyme, tous semblables…, et vouloir absolument que l’autre fasse comme nous. Vouloir ainsi céder complètement à cette injonction médiatique, se fondre en elle avec complaisance, c’est renier la plus grande part de son humanité.
À côté des conformistes consensuels, il y a les opportunistes obsessionnels. Ce sont eux les gagnants quel que soit le sens du vent, de la vérité d’un jour ou de la variance historique. Pragmatisme et force du choix, l’opportuniste choisira toujours le chemin qui va le plus loin, celui qui sert le plus naturellement ses intérêts indépendamment des effets de masse et du courant suiviste de ceux qui ne savent pas prendre d’autres décisions que celles prises par le troupeau. L’opportuniste est dans le groupe, mais se reconnait de la masse à chaque mouvement individualiste qui le conduit à la périphérie de la sphère commune. Il brille. Il a raison non parce qu’il dit vrai, mais parce qu’il se sert avant même que les autres aient conscience qu’il y a quelque chose à prendre. Blogueur associé à Marianne2, Laurent Pinsolle nous apprend par exemple qu’un rapport de la Commission européenne juge le SMIC français trop généreux (1367 € brut !). Il rappelle d’ailleurs de façon opportune que le salaire des commissaires est de… 24 000 euros ! (cf. Pour l’union européenne, le SMIC français est trop généreux, de Laurent Pinsolle, 11 juin 2011). Je laisse à chacun le soin de décider le bien fondé qui distingue l’opportuniste du conformiste.
Somme toute, le jeu des forces en présence n’est que le juste équilibre des lois du divertissement au sens Pascalien du terme. Donner le change. Se figurer l’importance de chacun de ses actes, du bien fondé et du sens profond sans lequel nous serions réduits à constater la ruine de notre existence, tel est le miroir aux alouettes que nous brandissons pour nous leurrer nous-mêmes. Il n’y a pas meilleur amant que celui qui ne peut se passer de ses chaînes. La liberté fait peur et il est souvent plus sage de vénérer le culte dominant.
Croire qu’il n’y a jamais d’autre choix que celui qui est édicté. L’ultralibéralisme est religion. Il assoit son dogme sur des mécanismes totalitaires dont les verrous ont pour seul but de nier le droit au bonheur de l’homme. Aucune saine concurrence. Aucun équilibre. Aucune justice. Le fort ne peut tomber. Le faible ne peut s’élever. Dans un monde assujetti et résigné, le mensonge est dans le cœur des hommes et l’espoir n’a plus d’autre refuge que celui de la folie.
Ce billet a attisé la discussion autour de moi et Quelqu’un profite de l’estocade pour poser la seule question qui vaille la peine de se poser :
« Quelle est selon vous la différence entre péché mortel et péché véniel ? Eh bien, nous explique-t-il, le péché mortel est si vous allez voir la femme d’un autre chez lui et qu’il vous tue : sans faute, je veux dire assurément, le péché sera mortel. Faites venir la dame chez vous, ou harcelez-la au bureau, le péché deviendra véniel et vous resterez impuni. »
Hélas, on ne peut hélas que convenir du bien-fondé de ce triste constat. En tout lieu, en tout temps, l’alchimie des pouvoirs contribue à la relativité du monde. Aussi, pour se prémunir des excès, et garder notre foi inébranlable en la Justice, il convient de mettre le nez au cul de l’infidèle afin d’en retenir le goût et l’odeur, puis d’aller sentir au cul des bons penseurs en doctes vérités pour voir s’ils sentent différemment. Peut-être alors jaillira-t-il de cette olfactive et nouvelle compréhension du monde la concorde tant attendue des peuples. Et certains esprits malins pourront même en déduire que la Bien-pensance libérale fondée sur la raison du plus fort, et supposée véritable, n’a d’autre odeur que le plus fangeux des contacts mous, ni meilleure, ni pire d’ailleurs que son plus inopportun avatar qu’une semelle pourra par mégarde récolter sur le bitume maltraité de nos villes.
Gardons-nous par conséquent de tout excès et chassons loin de nous les poisons des dominants qui n’ont d’yeux que pour leur seul profit.
Nota : la référence aux conformistes consensuels et aux opportunistes obsessionnels est tirée de l’essai Mentir vrai, principe d’anti-vérité politique d’Antony Wavrant.
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Baisecul [bεzky]. N. m. (déb, XXIe, de baiser, et cul). 1. Geste de politesse qui consiste à baiser le cul de tous ceux qui veulent notre bien. Faire le baisecul. 2. Baisecul est aussi l’adaptation libre du Moyen de Parvenir de Béroalde de Verville, auteur du XVIème siècle, et que l’on peut retrouver sur ce blog sous la forme d’épisodes à suivre. Les épisodes sont annoncés sur twitter.
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